Jésus et la Samaritaine : deux charmes bien différents !

(Jn 4, 5- 42)

(par P. P. Madros)

L’évangile de ce dimanche suffit largement pour notre réflexion, sans commentaire sur les deux autres lectures.

Sichem  שכם et son nom aramaïsé « Sychara » ensuite Néapolis Naplouse

La Samarie symbolisait la division politique, le mélange ethnique et le schisme religieux qui a engendré le Temple illégitime au Mont Garizim. Un jour, Jésus lui-même, méprisé, insulté, vilipendé, recevra le sobriquet peu reluisant de « Samaritain » (Jn 8, 48). Le voici pas loin de Naplouse, la Néapolis des Séleucides,  «à tell Balata »  تلّ بلاطة, au Puits de Jacob. Dans l’atmosphère pastorale des patriarches de la Genèse, c’est près du puits que des rencontres en vue de mariages avaient lieu. Jésus, célibataire « endurci » pourtant non misogyne, divinement vierge, pur non puritain, se paie le luxe de parler avec une Samaritaine, tout en sachant qu’elle était ce que nous pouvons appeler tranquillement « un numéro » !  Le Nazaréen ne cherche pas en elle une épouse, puisqu’il est au courant de la polyandrie de cette petite dame probablement attrayante, certainement espiègle !

Jésus franchit un premier tabou, une barrière et un mur : « Femme, donne-moi à boire ? »

Le divin Maître, Parole incarnée, dépasse l’imperfection de certaines phrases (Siracide 50, 25 s) : « Mon âme (c’est Dieu qui parle…) déteste trois nations : les habitants de Séïr (ou de Samarie) et les Philistins (ce bout de verset tombe sur notre crâne de Palestiniens) « et le peuple insensé qui réside à Sichem » ! (C’est un alexandrin !). Or, la Samaritaine n’est pas bête ! Ceci démentit les déclarations misogynes d’après lesquelles, la femme serait déficiente « en intelligence et en religion ».

Il est des barrières inacceptables parce qu’inhumaines et fatales, telle l’interdiction de demander à boire d’une Samaritaine, sous risque de mourir de soif (avec un peu d’exagération). Le mur de Berlin ressemblait à de telles barrières entre deux fractions cassées d’un même peuple brisé ! Pour la Terre Sainte, on ne compte plus les murs et les barrières ! Le pape François insiste sur l’urgence d’aider les personnes en grave difficulté, en danger de mort. Là, il n’y a pas de temps à perdre ! Une personne accidentée saigne. Il ne faut pas chercher à savoir son identité et son affiliation ethnique, religieuse ou politique. Dans le Tiers-monde, plus de vingt millions de personnes sont menacées de famine. Il faut agir  sans demander l’ADN ou voir la couleur !

Le quiproquo johannique

Le Nazaréen, Galiléen moins « pur » que les Judéens, mais toujours « Juif » pour la petite Samaritaine, est responsable du malentendu que ses paroles et ses gestes ont produit, avouons-le ! Pour une fois, ce n’est pas la faute de la femme ! Voyez : d’un côté, il demande à boire de l’eau, ce qui s’appelle « eau », H2O. Mais en même temps, il fait des élucubrations (des théories ou des déclarations) laconiques et hautement spirituelles sur « l’eau que Lui donne » ! C’est à y perdre son hébreu ! Alors, « maître, monsieur, Seigneur… » : la Samaritaine ne sait plus  « sur quel pied danser » en protocole et en politesse : comment s’adresser à cet étranger étrange, drôlement majestueux, décidément différent des autres hommes qui se seraient empressé de « draguer » une femme d’ailleurs connue dans la périphérie pour sa légèreté !) Oui, « Seigneur, tu n’as pas de quoi puiser et tu as de l’eau à donner ? » Voici le gros malentendu, même dans les pays de tradition chrétienne : à cause d’un néo-paganisme aveuglant et assourdissant, on a toujours soif  et on a toujours faim malgré tout ce que l’on boit comme eau minérale et filtrée, et malgré tout ce que l’on « s’ingurgite » comme mets délicieux !

Inutile d’expliquer « l’eau vive spirituelle », Jésus entame un discours moral peu commode !

Pas besoin d’insister sur l’eau vive spirituelle, le « comprenoir » de la chère Samaritaine étant plutôt épais et opaque face à ces réflexions sublimes. Jésus descend au niveau pratique et existentiel : « Va appeler ton mari ! » Franchement, on se demande pourquoi Jésus avait-t-il besoin de voir l’illustre  «compagnon » de son interlocutrice. Vraisemblablement, ce n’est qu’un stratagème pour « envahir » gentiment la vie privée (pas tellement !) de la femmelette présente ! Jésus,  menuisier parfait, avec spécialité en croix, « fait flèche » du bois de la vie affective d’une femme peu vertueuse. Celle-ci réagit d’une façon hypocrite, comme feraient les Pharisiens : « Je n’ai pas de mari ! » Et l’incontournable Nazaréen : « Tu as bien dit… car tu as eu cinq maris » ! Cet homme est dangereux : on ne peut rien lui cacher ; pas moyen de lui mentir ! Cinq : comment les a-t-il comptés (elle-même aurait eu des difficultés parfois à faire le calcul ou le total de ses propres amants et courtisans !) Une question pouvait être posée : sont-ils tous vivants, ces cinq, ou bien en a-t-elle enterré quelques-uns, avec tout le crève-cœur d’une veuve affligée?

« Celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ! »

Malheureusement, à combien de chrétiennes et de chrétiens le Christ peut-il dire de nos jours : « Celle que tu as maintenant n’est pas ton épouse  » et vice versa ? A la Samaritaine, pourtant cas apparemment désespéré, Jésus rappelle inexorablement le principe du mariage. Sa théorie, toujours valide et actuelle « quoi qu’on die », malgré tous et tout : il ne faut jamais permettre à la faiblesse et à la méchanceté « humaines » de corrompre, d’édulcorer et de changer la loi divine et naturelle ! Ne jamais diluer la Parole divine pleine d’amour et de sagesse pour l’adapter à nos convoitises et à nos caprices (ce que des « religions » et des « dénominations » ont fait, en transformant les transgressions en règles, par exemple la polygamie et la répudiation des conjoints)! Avec nous, Jésus est encore plus explicite : « Les deux époux (pas les trois ni les quatre ni les cinq, contrairement à Ketubim 61 s, et Coran 4 : 3) deviendront une seule chair » : indissolubilité et monogamie. Des enfants américains catholiques, à la sortie du catéchisme, viennent récemment d’écrire : « Un seul mari et une seule femme, c’est la monotonie ! » Il paraît qu’ils ont un peu raison, sans le savoir. Mais mieux vaut une monotonie harmonieuse dans l’amour et l’abnégation mutuels qu’une promiscuité samaritaine-païenne où la femme est dévaluée, l’amour dégénéré et les enfants déchirés !

Comme le Saint-Siège, surtout depuis Pie XII, rétablissons le mariage (pas encore celui des prêtres !) Redonnons à ce lien sanctifié par Dieu, qui couronne l’union naturelle amoureuse et féconde d’un homme et d’une femme, sa valeur, son appréciation et, pourquoi pas, la publicité qu’il mérite, au milieu de tant d’aberrations et de dénigrement ! Oui, crions avec l’épître aux Hébreux : « Que le mariage soit honoré par tous, que le lit nuptial soit sans souillure » (Hé 13, 4). « Honoré » : c’est vieux jeu ! Ce mot tombe dans le « vieux français » ! Non !

Par ailleurs, quelle tristesse, quelle déception, quelle déformation quand ce sont précisément les non-chrétiens, même polygames et théocratiquement misogynes, qui passent, en Occident, pour le modèle au point de vue modestie, pudeur, mariage et procréation ! Les « chrétiens » se marient de moins en moins. Ils ont de moins en moins d’enfants ! Quelle trahison, quel contre-témoignage !

Les Samaritains en Terre Sainte

Quelques centaines de Samaritains vivent encore en Terre Sainte : à Naplouse et près de Jaffa, à Holon. Malgré leurs défauts même physiques héréditaires (à cause de mariages à l’intérieur de la famille), ils nous donnent cet exemple unique de personnes qui n’ont jamais quitté la Terre prometteuse. En effet, aucun Samaritain, semble-t-il, ne vit à l’étranger ! Là oui modèle pour nos « chrétiens » gâtés et nantis qui s’envolent sans nécessité pour émigrer à l’étranger, dès que la première occasion se présente !

Conclusion

Exiger une homélie brève ce dimanche relève de la chimère ! Au bout de quatre pages, nous n’avons dit que peu de chose sur la profondeur de ce passage johannique inépuisable, contrairement au puits de Jacob ! Eh bien, chaque trois ans, nous offrons sans prétention des réflexions faillibles et perfectibles ! La lecture assidue de l’Evangile ainsi que la méditation nous aideront à découvrir dans ce passage bien des trésors de foi et d’amour, en sondant quelque peu les profondeurs de ces pages divines qui rapportent les mots et les gestes, uniques et inoubliables, de notre Seigneur, « le Sauveur du monde », « Eau vive jaillissante pour la vie éternelle » !

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